De golfeur à golfeuse, le parcours de vie et de golf d’Eva

- Jouer au golf

Eva Crouch

 

Matthieu est devenue Eva

« Sans tabou, parce qu’il faut en parler », Eva Crouch nous raconte son parcours de femme transgenre qui va l’amener à prendre un nouveau départ chez les dames.

Ses longs cheveux bruns sont tournés vers l’objectif. Sa frêle silhouette ne lui empêche pas d’exécuter un swing puissant face à l’écran du simulateur indoor. Sur le tapis de Golf En Ville, Eva se confronte au Old Course de Saint-Andrews, pour sa première compétition de l’année. Ses clubs ne connaissent pas les congés, guère les repos. « Le golf, c’est ma vie », souffle-t-elle de sa douce voix… après un drive qui flirte avec les 240 mètres sur simulateur.

Pour ses tout premiers swings, vers 5 ou 6 ans, c’est un petit garçon en apparence qui découvrait les parcours avec ses parents. « Du côté de mon papa, qui est Américain, tout le monde jouait au golf, comme mes grand-parents. Depuis que je suis toute petite, tous les séjours dans l’Ohio étaient marqués par des parties de golf. »

En France où elle vit, elle se contente de quelques rares escapades golfiques, assouvissant sa passion sportive dans plusieurs disciplines, « mais en étant surtout très sérieuse dans le baseball chez les Lions de Savigny-sur-Orge, aux portes de la sélection nationale. »

Fin 2015, elle remplace la batte par des clubs, replongeant dans le swing de son enfance. « J’ai repris le golf au sein de l’association sans terrain de ma commune, au Plessis-Robinson. Depuis, je participe à toutes les sorties et au voyage annuel qui y sont organisés, et je suis une fidèle des compétitions de Golf Technic associé désormais avec GolfStars » Avec seulement quelques cours et une abnégation sans faille, l’index ne comprend désormais qu’un chiffre. « 8. Pour l’instant… ». Car sa progression ne peut être dissociée de son grand bouleversement intime : Matthieu est devenue Eva.

« Autour de 6 ou 7 ans, je savais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, raconte Eva. Je n’aurais pas su dire : « je veux être une fille. Mais, clairement, je ne me sentais pas à ma place. Nulle part. Mais je n’ai jamais extériorisé ce mal être. Je n’ai jamais été un garçon efféminé, j’ai vraiment tout gardé en moi. Parce qu’à cette époque, on ne parlait pas de cette situation, il n’y avait pas internet pour s’informer ou échanger. Et je pensais que cela s’arrangerait tout seul, que cela « allait partir ». Je n’en ai parlé à personne. J’ai composé avec moi-même. »

Eva se marie avec une femme en septembre 2020 après dix ans de vie commune. « Je ne lui ai jamais dit ce que je ressentais mais elle s’en est doutée et elle est partie, en janvier 2021. Alors, j’ai consulté, j’ai fait une totale introspection et l’évidence s’est révélée à moi-même : j’ai pris la décision d’entamer cette transition. »

Son entourage l’accompagne sans juger. « J’ai eu vraiment, vraiment beaucoup de chance. J’ai pris la décision de faire mon coming-out lors d’un voyage de mon club à Biarritz. Et il se trouve que l’une des membres connaît très bien la co-présidente d’une formidable association d’aide aux personnes transgenres. La clé, dans cette démarche qui n’est évidemment pas facile, est d’être bien entouré. Dans ma famille, chez mes amis ou mes collègues de travail, je n’ai eu aucun retour négatif. Pour l’anecdote, mon entreprise m’a tout de suite fourni spontanément un badge avec mon nouveau prénom.»

Les distances de Pauline Roussin-Bouchard

En décembre dernier, effectivement, Eva apparaît officiellement sur l’acte de naissance. La prochaine étape administrative est le dépôt de dossier en mairie pour recevoir la nouvelle carte d’identité. Ou sera toujours indiqué « sexe masculin ». Pour le moment. « Ensuite, ce sera la demande pour le changement de genre effectué au tribunal et cela prendra des mois. En France, c’est beaucoup plus long qu’aux Etats-Unis ou que dans d’autres pays européens. Comme j’ai la double nationalité, cela sera acté d’abord par les autorités américaines. »

Eva patiente. En devant constamment justifier son identité puisque son apparence n’est pas encore en adéquation avec ses « papiers ». L’épisode pass sanitaire est particulièrement délicat puisque Eva est régulièrement soupçonnée de fraude. Des moments gênants, provisoires, qu’il faut accepter en pensant que, dans d’autres lieux, la tolérance est beaucoup plus respectée. Comme sur les golfs. « Déjà, pour le moment, il n’y pas de discussion possible puisque je n’ai pas encore fait mon changement de genre. Les situations sont plus cocasses que gênantes, avec l’accueil des clubs, les starters ou les partenaires d’une compétition. On pense que je suis une joueuse professionnelle parce que je pars des boules blanches. »

Eva maintient son index 8, malgré les conséquences de son coming-out. « Il faut savoir que j’ai commencé un traitement hormonal depuis juin dernier. Un des effets est la diminution de la masse musculaire donc j’ai perdu en force. Au golf, c’est une quinzaine de mètres en moins au drive. Et cela va diminuer durant environ deux ans. »

Mais, inévitablement, la question des conditions de participation aux compétitions se posera lors du changement de genre. « Je serais amenée à partir des boules bleues. » Et comme, actuellement, Eva affiche pour chaque club les mêmes distances que Pauline Roussin-Bouchard, au mètre près, « quelques dents vont grincer »….Mais, précise-t-elle immédiatement,  » nous savons tous que la force seule ne fait pas la bonne carte. Toutefois, j’ai peur des regards jaloux, que je sois mise à part. Je sais que ce sera délicat, surtout avec la gent féminine. » Et chez les amateurs car Eva n’envisage pas de devenir proette. « Ce n’est pas du tout dans mes objectifs ».

Cadre dans les télécommunications, Eva se projette toutefois dans l’univers golfique : « Je pense, je respire golf en permanence. Alors travailler dans le milieu de ma passion serait formidable. »

Le golf, c’est toute la nouvelle vie de la belle Eva.

Denis Lebouvier, Rédacteur en Chef de GolfStars Le Mag’

 

Photo Stéphane COUDOUX

Stéphane COUDOUX

32 ans de médias golf. J'anime ComHouse, agence de comm' 360 et suis fondateur de GolfStars qui classifie tous les Services & Equipements des golfs sur le principe des hotels. Pas de 1er, pas de dernier ! Indépendant, objectif, honnête et sans relations financières avec les golfs. Guide premium, magazine premium, digital sur mesure, et classement international en complément au service des golfeurs-voyageurs.