Histoire de...Jean-Jacques Durand et l'AA Saint-Omer Golf Club****

- Golfs

JEAN-JACQUES DURAND PRÉSIDENT FONDATEUR AA SAINT-OMER GOLF CLUB****

Pourquoi avez-vous fait le choix, un beau jour, d’investir dans le golf et dans le tourisme ? Et pour comprendre, quel a été votre premier contact avec ce sport ?

Jean-Jacques Durand : Mon premier contact, ce fut ma mère qui a été trois fois Championne de France. Mais c’est le tennis que je pratiquais d’abord dans la maison de famille à Cabourg. J’ai connu le golf surtout par mon oncle qui était propriétaire d’un golf et d’un hôtel à Valescure près de Saint-Raphaël sur la Côte d’Azur où nous passions des vacances.

J’ai obtenu mon premier index (24) à l’âge de 12 ans avec trois clubs que ma mère m’avait prêtés : un fer 2, un fer 6 et un putter ! Puis à Hardelot, mon père a imaginé un projet de golf qui jouxtait le parcours actuel des Pins : ce projet n’a pas vu le jour pour différentes raisons mais j’ai trouvé plus tard une nouvelle destination : Saint-Omer où je m’étais mis à la recherche d’un terrain adéquat.

La négociation des 115 parcelles de terrain avec les 27 propriétaires a pris 3 mois avant d’aboutir ! Heureusement, l’entreprise familiale, la Cristallerie d’Arques ou je m’occupais du commercial, fonctionnait très bien et j’ai pu passer du temps à la réalisation de ce golf. Les premières balles ont été jouées sur le parcours au printemps 1990.

Le parcours a été une réussite car nous avons choisi l’architecte (Dudock Van Heel) qui a le mieux analysé le terrain pour que le parcours colle au mieux à la nature et que sur ce relief il puisse proposer 18 trous tous différents et dont aucun ne permet de se reposer. Un véritable Challenge Golfique ! Notre parcours 9 trous Par 31 est parfait en complément car plus plat mais très technique. Le parcours a été un formidable tremplin pour les jeunes pros. Victor PEREZ, Antoine ROZNER sont venus s’y frotter. Sebastien GROS, Robin ROUSSEL et JULIEN GUERRIER l’ont gagné. D’autres joueurs très connus maintenant n’ont jamais réussi à le dompter.

Quelles ont été les étapes suivantes ?
JJD : Un des événements majeurs de son développement a été personnel et familial : dans les années 90, une de mes nièces s’est mariée avec un pro de golf et d’autres pros sont venus visiter le club. Une question a vite été posée : pourquoi ne pas faire un championnat de France à Saint-Omer ? Ce qui a été fait une première fois, puis une deuxième fois. Ensuite, on a organisé un premier Open sans classification qui a été suivi l’année suivante d’une inscription au MasterCard Tour (3ème série) et en 2000, on est passé au Challenge Tour avant d’arriver au Tour Européen ! Une consécration rapide pour le Golf de Saint-Omer****, pour ses équipes et ses responsables qui s’étaient fortement investis pendant dix ans. Aujourd’hui, notre Open reste toujours un tournoi tremplin du Challenge Tour vers le Tournoi Européen. Avec parmi les derniers vainqueurs, des jeunes comme Sébastien Gros ou Julien Guerrier.

Le Coronavirus nous a obligé à annuler l’OPEN 2020 et 2021 parce qu’à la mi-juin nous ne pouvions pas garantir la sécurité sanitaire et l’organiser dans des conditions optimales notamment au niveau de la restauration. Comme nous avions une deuxième épreuve européenne, Le Pas de Calais Paragolf Open épreuve EDGA, nous lui avons donné la priorité en la positionnant début octobre 2021, en espérant que la pandémie sera derrière nous. La motivation était plus forte que pour l’Open Challenge Tour. En effet plutôt que de donner envie aux amateurs classiques de taper leurs drives à 250 mètres ou plus, il nous a semblé préférable de leur montrer des gens qui ont surmontés leurs difficultés physiques ou mentales et qui en sont devenus des exemples pour tous. Nous organisons également un HANDI VIP AM pour les entreprises mécènes de ce beau projet en ouverture du tournoi.

Quels sont les objectifs que vous avez donnés à vos équipes dans le développement du golf de Saint-Omer**** ?

JJD : Les objectifs sont naturellement financiers c’est à-dire l’équilibre des comptes. Mais aussi de faire de ce golf un exemple d’une part en maintenance et entretien et d’autre part en innovation environnementale. Je tiens particulièrement à ce dernier point : depuis une dizaine d’années, nous avons anticipé les directives concernant l’environnement et nous avons choisi des produits organiques pour remplacer les engrais chimiques.

Cette politique écologique nous a permis de trouver des adjuvants qui améliorent sensiblement la santé de l’herbe, notamment celle des greens. Par exemple, nous pouvons ainsi réduire la tonte de nos greens et gagner un millimètre avec la même vitesse de balle : ceci peut paraître peu mais je peux vous dire que l’herbe est ainsi renforcée et moins stressée. Elle résiste mieux à toutes les attaques extérieures. Nos produits organiques s’attaquent aux bactéries à la racine de l’herbe. Notre approche intéresse beaucoup de greenkeepers français que nous recevons avec plaisir. Un joueur extérieur m’a même confié : « Si on pouvait avoir nos greens comme vos fairways, on serait content ! ».

Toutes sont fières de faire progresser ce club qui dans la qualité de l’accueil, du parcours et de sa bière est classé dans les meilleurs de France. De la même façon Valescure, parcours frère, a reçu récemment les championnats de France Féminin et Masculin 2021 et les félicitations des participants dont le président de la Fédération Française de Golf. Il est bien évident que l’orientation Ecodurable de l’entretien du parcours sera maintenue et développer même si les variations récentes de température et d’hydrométrie démontrent sa difficulté à s’appliquer mais nous devons nous adapter.

Quelles leçons avez-vous retenues de votre carrière d’industriel pour gérer votre golf ?

JJD : Ma principale leçon, c’est mon père qui me l’a apprise. Il me disait souvent : « Si on n’est pas proche du terrain et de la fabrication des produits, il vaut mieux changer de métier ! ». C’est un peu pareil dans le golf. Il faut être constamment sur la brèche pour être près des gens et près du parcours. J’ai mon bureau au golf et quand je joue au golf, le lendemain le green-keeper sait que j’ai joué ! J’aime croiser les 7 jardiniers en charge de nos 27 trous et partager avec eux nos réflexions sur l’état du parcours.

Même si nous souffrons comme beaucoup de nos confrères Golfs touristiques des Hauts de France de l’absence actuelle de nos amis Anglais, Belges et Hollandais nous ne changerons pas de politique tarifaire, et notre site le démontre, pour inciter le plus de monde possible à découvrir les « bienfaits » du golf par des opérations découverte gratuites, des stages, des formules débutants où le matériel est offert.

Quelles sont vos recommandations pour que le golf se porte mieux en France et que notamment, de nouveaux champions intègrent l’élite européenne et mondiale ?

JJD : Je prends le risque de choquer mais je pense qu’en France, les golfeurs n’ont pas assez faim ! Beaucoup de jeunes champions veulent devenir professionnels de golf et la Fédération les aide dans leur démarche. C’est bien mais c’est trop ! Ils n’ont plus faim et ne se bagarrent pas comme l’exige le défi sportif de très haut niveau. Ces jeunes ont assez d’argent pour vivre mais plus de mental pour aller encore plus loin.

Je crois que les dernières formules qui consistent à aller se frotter aux meilleurs dans les universités américaines donnent de bons résultats si les candidats sont d’abord doués et surtout s’ils sont prêts à souffrir le temps qu’il faut à condition qu’ils puissent en trouver le financement.

Roland Machenaud et Stéphane Coudoux

Photo Stéphane COUDOUX

Stéphane COUDOUX

8 ans à l'Express, 17 ans chez Golf Magazine et Golf Européen puis 12 ans chez ComHouse, agence 360. Depuis 2013, Golf Stars classe les golfs de 1 à 5 étoiles et indique tous leurs Services & Equipements. Indépendant, objectif, honnête et sans complaisance au service des golfs et des golfeurs.