Grand Prix Littéraire du Golf 2021, suite

- Jouer au golf

Grand Prix Littéraire du Golf 2021, 2ème prix

A l’automne dernier, sous la houlette de notre journaliste Patrick Bedier, Golfstars lui répondait immédiatement OUI pour l’accompagner dans son projet de création inédit et innovant d’un concours littéraire basé sur un concept simple : rédiger une courte nouvelle à la thématique golf, de 500 à 1 000 mots ( 6 000 signes espaces compris maximum), et avoir un titre. Elle devait être originale, et ne devait pas avoir été publiée auparavant.

45 Nouvelles retenues plus tard et à notre plus grande joie, 3 prix étaient décernés lors d’un cocktail chez Golf en Ville à Saint-Cloud (92), avec en prime la gentillesse et l’hospitalité devenue légendaire de Carole Batlouni et son mari. Derrière les noms et les intitulés, nous avons découvert que nos choix pour les meilleurs textes s’étaient portés sur des auteurs confirmés, férus de littérature et de golf.

Découvrez et passez un agréable moment de lecture golfique avec la publication de la Nouvelle primée (deuxième Prix)

A PROPOS DE L’AUTEUR : Me Dominique armand-Schaar

Dominique Schaar est née le 16 mai 1954. Passionnée de lectures en tous genres depuis l’âge de 12 ans, puis de golf une cinquantaine d’années plus tard, j’ai découvert l’écriture de nouvelles grâce au 2ème confinement. Je joue en moyenne 3 à 4 fois par semaine, mais bizarrement mes résultats sont inversement proportionnels à mon assiduité… les arbres ayant une fâcheuse tendance à renvoyer mes balles 10 m derrière moi, quand ce ne sont pas les plans d’eau qui les attirent irrésistiblement.

Sa nouvelle : BAAAAAALLE !

– 4° C. De gros nuages gris et bas qui n’annoncent rien de bon. Un temps à rester sous la couette, sans culpabiliser, avec un thé, un bouquin, l’ordi et le téléphone. Mon activité préférée. Enfin, mon activité préférée n°2 depuis trois ans. Voilà pourquoi, en ce glacial dimanche 27 décembre, au lieu de rester au chaud à cuver les excès de l’avant-veille, je me lève tôt, enfile un pantalon imperméable fourré de polaire, que je double avec un collant de laine qui gratte et une paire de guêtres, je superpose Damart, cachemire, doudoune et coupe-vent, et, cerise sur cet improbable gâteau, je coiffe –devrais-je dire décoiffe– mon brushing de Noël d’un ridicule bon-net à pompon. Affublée de cet accoutrement qui transformerait Miss France en bibendum, je sors dans le froid et monte dans ma voiture givrée, dans la joie et dans la bonne humeur, pratiquer mon activité préférée n°1. Non je ne vais pas dévaler les pistes de Val d’Isère derrière un beau moniteur, ni pécher le saumon dans une rivière glacée de l’Idaho. Je vais juste jouer au golf. Ou plutôt, je vais me cailler pendant 4 h, glisser dans la boue, me défoncer l’épaule à cause du sac trop lourd, pourrir ma doudoune Moncler dans les ronces à la recherche de mes balles égarées, contenir non sans peine une vingtaine de jurons, envoyer au moins 4 de mes jolies balles roses dans l’eau, et promettre d’arrêter ce sport et de me mettre à la broderie après cette calamiteuse partie. Ça fait envie hein ? Haha ! Et demain, j’y retourne. Voilà ma vie. J’en redemande, et j’adore ça ! Vous vous dites que je suis maso ? Mais non en fait vous ne vous le dites pas, car vous êtes golfeurs vous aussi !

Me voilà donc au départ du trou n°1. Mes camarades de jeu habituels ayant opté pour l’activité n°2, la glande au chaud, je me lance toute seule, sous un léger crachin breton. Je vous passe les quatre premiers trous, avec leur lot de tops, air shots, sorties de bunkers râtées, putts catastrophiques, et autres sockets. J’en suis à moins 3 balles. Départ du n°6. Ce trou n’est pas mon ami. Un par 5. Une mare aux canards bordée de buissons, mes balles l’adorent, dogleg à gauche, et de grands bouleaux justes au milieu, histoire de boucher la vue et les trajectoires. Je me con-centre, j’arme mon driver, et je donne tout ! Joli bruit, belle envolée, je suis la balle des yeux, contente de moi. Puis plus rien, 36 chandelles et noir complet.

« Madame ? … Madame ? » Qui me parle ? Qui me tapote les joues ? J’ouvre un œil. Un deuxième. Je vois deux gros trous de nez penchés sur moi. J’ai un mal de crâne monstrueux et je sens un liquide gluant et chaud couler entre mes deux yeux. Je suis glacée, au sens propre et au sens figuré. Je panique. Où suis-je, qu’est-ce qu’il m’arrive ? Enfin je distingue 4 ou 5 per-sonnes penchées sur moi, médecins, pompiers, directeur du golf. Grosse grosse angoisse qui monte. Je croasse « Qu’est-ce que j’ai ? » « Tout va bien ma petite dame, détendez-vous. Vous avez reçu une balle en pleine tête, on vous emmène à l’hôpital. » Une balle ? On m’a tiré des-sus ? Et il me demande de me détendre ? Au secours, je vais mourir. Quelqu’un me colle un masque sur le visage, je retombe dans les vapes. Je me réveille dans le camion des pompiers. Il y en a deux penchés sur moi. Deux canons. Ils me sourient. « Ça va madame ? » Oui en fait ça va beaucoup mieux. Tant qu’ils restent là, à me regarder comme ça, je suis aux anges. Ça doit être l’uniforme. Un peu comme l’effet produit par le moniteur de ski. Ou l’excès d’oxygène peut-être.

4 heures plus tard, je sors de l’hôpital avec un énorme bandage autour de la tête, aussi ridicule que mon bonnet, mais blanc et sans le pompon. Une ambulance me ramène chez moi. Ah oui au fait on ne m’a pas tiré dessus. Enfin pas avec une arme à feu. Avec une balle de golf. Rose. Je m’allonge sur le canapé du salon quand le téléphone sonne. Mon avocat. J’ai un avocat moi ? Ça doit être Cyril, le directeur du golf, qui l’a contacté. « Ne vous inquiétez pas, Madame. Nous retrouverons la personne qui vous a attaquée. Il faut porter plainte, nous demanderons des dommages et intérêts. » Je raccroche, un peu sceptique. Et j’ai un flash. Je revois ma balle, rose, fuser droit sur le bouleau du milieu… et revenir vers moi, juste avant de m’écrouler. On peut porter plainte contre un bouleau ?

Photo Stéphane COUDOUX

Stéphane COUDOUX

8 ans à l'Express, 17 ans chez Golf Magazine et Golf Européen puis 12 ans chez ComHouse, agence 360. Depuis 2013, Golf Stars classe les golfs de 1 à 5 étoiles et indique tous leurs Services & Equipements. Indépendant, objectif, honnête et sans complaisance au service des golfs et des golfeurs.