Severiano Ballesteros, une légende du golf

- Tournoi de golf

Severiano Ballesteros au Golf de Pont Royal*****
Severiano Ballesteros au Golf de Pont Royal*****

 

Dix ans ont passé depuis la mort de Severiano Ballesteros. C’était une légende du golf, une des figures les plus emblématiques de ce sport. Il était un grand champion qui s’est forgé au fil du temps et des épreuves. Le parcours de Severiano Ballesteros, au swing fougueux et élégant, a marqué durablement son histoire. Sa mort, le 7 mai 2011, laisse une empreinte à jamais visible auprès de la communauté du golf.

Severiano Ballesteros Sota est né le 9 avril 1957 dans le petit village de pêcheurs de Pedreña, une commune de Marina de Cudeyo, en Cantabrie, au sud de la Baie de Santander dans le nord de l’Espagne. C’est une région à la forte tradition golfique. De nombreux golfs y ont été construits, avec entre autres le Royal Club de Pedreña, l’un des premiers parcours, fondé en 1928, le nom de Royal ayant été accordé par le roi Alphonse XIII. Un club ultra-privé dont le premier conseil d’administration a été tenu par le roi lui-même comme président d’honneur.

Le père de Severiano Ballesteros est Baldomero. Spécialiste d’aviron, il est aussi jardinier au Royal Club. Il réussit à faire entrer son fils comme caddie, mais Severiano ne pourra jamais jouer sur le parcours de ce golf prestigieux. Il n’en aura ni le droit ni l’autorisation. Alors, Severiano s’entrainera en cachette les nuits de pleine lune. Très jeune, il se sent attiré par ce sport qui, déjà, a séduit ses frères aînés : Baldomero, Manuel et Vicente sont tous les trois des joueurs professionnels, tout comme son oncle Ramon Sota. Ramon a remporté à 4 reprises le titre de champion d’Espagne professionnel. Il a terminé à la sixième place du Masters en 1965.

Baigné dans cet univers de golf, Severiano s’entraîne en fraude sur le parcours qui lui est interdit. Et quand la lune ne lui permet pas de repérer la balle, l’enfant joue sur la plage. Il n’a qu’un seul club, un vieux fer 3, un des clubs les plus difficiles à manipuler, que son frère aîné a raccourci pour l’adapter à sa jeune taille. Severiano Ballesteros avouera plus tard : « Être contraint à jouer tous les coups avec un seul club m’a forcé à être créatif. »

Pour gagner quelques sous, il travaille comme caddie et apprend beaucoup en regardant les joueurs. À l’âge de 10 ans, Severiano participe à son premier tournoi de caddies. Ce sera à l’âge de 12 ans qu’il remportera la victoire avec un score de 79 sur 18 trous.

Ballesteros, golfeur professionnel

Severiano Ballesteros deviendra professionnel le 22 mars 1974, juste avant son 17e anniversaire. Son premier tournoi sera le Championnat d’Espagne des Professionnels à San Cugat en Catalogne. Il terminera vingtième au classement. Ballesteros est profondément déçu, car emporté par sa jeunesse et sa fougue, convaincu par son talent, il s’attendait à gagner. Peu de temps après, Severiano Ballesteros gagnera le premier championnat d’Espagne des moins de 25 ans ou l’Open Sub’ 25, à Pedreña.

Cependant, tous ces tournois ont un coût que les finances de ses parents ne peuvent supporter. Il aura le soutien financier du docteur César Campuzano, un médecin madrilène. Campuzano était persuadé que Ballesteros deviendrait un grand champion. Et il ne se trompera pas.

Car en 1976, Severiano Ballesteros marquera les esprits lors de l’Open britannique. Durant les 3 premiers tours, il occupera la position de leader. Il devancera à l’issue du troisième tour ses poursuivants de 2 coups. Malheureusement, au quatrième jour, il terminera à la deuxième place derrière l’Américain Johnny Miller. Il partagera cette place avec le célèbre Jack Nicklaus. Toutefois, la défaite de Ballesteros a quelque chose de magique, car il terminera les 3 derniers trous en jouant 4 sous le par, parachevant son parcours avec un chip incroyable entre 2 bunkers au 72e trou, un chip salué par le vainqueur lors de la remise des prix.

Et tout s’enchaîne. Durant cette même année, Ballesteros remportera ses premiers succès sur le Circuit Européen avec l’Open des Pays-Bas et le Trophée Lancôme au golf de Saint-Nom la Bretèche dans les Yvelines. Il terminera premier à l’Ordre du Mérite européen, un classement basé sur les gains remportés sur le circuit européen. Les deux années suivantes, il ajoutera 6 nouveaux titres, 3 par année et de nouveau, Ballesteros sera premier à l’Ordre du Mérite, cela pendant 3 années consécutives.

En 1979, une étape supplémentaire est franchie : Severiano Ballesteros remportera son premier majeur, l’Open britannique en devançant l’Américain Ben Crenshaw de 3 coups. Cette victoire fait de lui le plus jeune vainqueur du tournoi pour le XXe siècle, et le premier vainqueur européen, mis à part les Britanniques, à remporter un majeur depuis la victoire du Français Arnaud Massy en 1907.

En avril 1980, Severiano Ballesteros gagnera le Masters, établissant un nouveau record : celui du plus jeune vainqueur de l’histoire de ce tournoi mythique, un record qui sera battu des années plus tard par le jeune Tiger Woods. Ballesteros sera le premier européen et le deuxième non-américain à porter la veste verte. Toutefois, les années suivantes, les victoires ne sont plus au rendez-vous.

Il faudra attendre 1988 pour le voir gagner un majeur dans un duel épique contre le Sud-Africain Nick Price au British Open avec un score de 65. Mais bien plus que les tournois remportés sur le Grand Chelem, Severiano Ballesteros est un excellent joueur de Match Play. Il contribuera à la renommée du golf sur le continent européen grâce à ses performances en Ryder Cup.

Severiano Ballesteros et la Ryder Cup

C’est en 1979 que Severiano Ballesteros fera ses débuts en Ryder Cup lors de la première édition où les États-Unis sont opposés, non plus à des Britanniques comme auparavant, mais à une équipe européenne. Les États-Unis remporteront la victoire par 17 à 11. En 1981, Ballesteros ne fera pas partie de l’équipe européenne : les instances golfiques lui reprocheront de trop privilégier le circuit américain du PGA Tour. Piqué au vif, il mettra un point d’honneur à devancer les joueurs européens. Les États-Unis remporteront de nouveau la victoire avec un score de 18 1/2.

Néanmoins, Severiano Ballesteros retrouvera l’équipe européenne en 1983 et ce sera en 1987, sous l’impulsion du capitaine européen Tony Jacklin qu’il s’associera dans une équipe de double avec l’Espagnol José-Maria Olazabal. Jusqu’en 1993, cette doublette espagnole sera profitable aux équipes européennes successives, amenant la victoire pour l’Europe par deux fois en 1987 et 1989, les États-Unis renouant avec la victoire en 1991. Mais 1997 aura une saveur particulière pour Severiano Ballesteros, surnommé Seve.

C’est la première fois que la Ryder Cup se déroule sur le sol européen, en dehors des îles britanniques. Et ce sera l’Espagne qui aura l’honneur d’accueillir la compétition au Valderrama Golf Club à San Roque avec Seve aux commandes. Olazabal fera son retour sur les parcours après avoir été absent en 1996 en raison d’une excroissance osseuse à un pied. Il contribuera à la victoire de son équipe, l’Europe scorant à 14 1/2 face aux 13 1/2 de l’équipe américaine où déjà, Tiger Woods fera sa première apparition en Ryder Cup.

Le swing et le jeu de Ballesteros

Celui que l’on surnommait Seve avait un swing puissant, élégant et spectaculaire. Selon certains spécialistes, le swing de Severiano Ballesteros était d’une beauté absolue. Il avait ce tour de hanche complet qui générera plus tard des douleurs chroniques au dos. Quand il frappait la balle, Seve était relativement droit, il faisait un énorme tour d’épaule et une forte poussée des jambes pendant la descente, ce qui créait une énorme vitesse de club. Certaines photos nous le montrent les épaules tournées approchant les 120 degrés, mais les genoux ayant à peine bougé et le talon gauche toujours au sol. C’était l’action naturelle d’un jeune homme dynamique, mais au fur et à mesure des années qui passaient, Ballesteros cherchera à effectuer une rotation plus correcte et moins douloureuse pour son dos. Son swing perdra peu à peu cet effet de mini-cyclone d’équilibre et de panache qui caractérisa son apogée au milieu des années 80.

Severiano Ballesteros, une légende du golf
Severiano Ballesteros, une légende du golf

 

Tous s’accorderont à vanter l’intelligence de jeu de Ballesteros et son flair dans la compétition. L’épisode de Crans-Montana en est un parfait exemple. Nous sommes le 5 septembre 1993 et Ballesteros joue la victoire sur l’Omega Masters de Crans-Montana. Sur le dernier trou, le 18, il a égaré sa balle contre le mur de la piscine au milieu des sapins. Son caddie Billy Foster tente de le raisonner et de jouer la prudence, mais Ballesteros sait qu’il peut rejoindre le green. Après avoir fait des birdies sur cinq trous d’affilée, la confiance est totale. Et Seve réussit son exploit. Par un coup exceptionnel, il ramènera la balle sur l’avant-green et rentrera le putt. Pour Foster, c’était « tout simplement miraculeux. »

La maladie ronge Severiano Ballesteros

Après avoir réussi un palmarès impressionnant avec 5 titres majeurs, l’Open de Grande-Bretagne en 1979, en 1984 et en 1988, ainsi que le Masters en 1980 et en 1983, cela en 33 ans de carrière, Ballesteros prendra sa retraite sportive en 2007. Le 6 octobre 2008 sera un coup de tonnerre dans le monde du golf : lors d’un séjour à Madrid pour rendre visite à son fils Miguel et son neveu Ivan, Severiano Ballesteros s’effondre à l’aéroport.

Il est hospitalisé d’urgence à l’hôpital. Six jours plus tard, les médecins diagnostiqueront une tumeur cérébrale. Commence alors une course contre la montre. Le 15 octobre, il subira une première opération de 12 heures visant à résorber la tumeur. Trois autres opérations suivront. Le 23 octobre, les médecins confirmeront que la tumeur est cancéreuse. Après une rapide détérioration de son état de santé, Ballesteros subira une autre intervention le 24 octobre pour enlever le reste de la tumeur. L’opération durera six heures et demie. Le 18 novembre, Severiano Ballesteros est transféré hors de l’unité de soins intensifs de l’hôpital La Paz afin de poursuivre sa rééducation, commencée le 3 novembre. Il quittera l’hôpital le 9 décembre et retournera à son domicile dans le nord de l’Espagne où il subira une chimiothérapie.

À la suite de cela, Severiano Ballesteros crée sa fondation afin d’aider les personnes atteintes du cancer. La Fondation Seve Ballesteros a aussi pour but de faire des recherches sur le cancer, mais aussi d’aider les jeunes golfeurs ayant des difficultés financières. Régulièrement, des séries de tournois de charité sont organisées par la fondation dans toute l’Espagne avec une finale au Royal Club de Pedreña.

Cependant, le 7 mai 2011, Severiano Ballesteros meurt des suites de sa maladie à son domicile après que son état neurologique ait subi une grave détérioration. Si le monde du golf est bouleversé, il en va de même pour le reste de la planète. Le gouvernement régional de Cantabrie décrètera 3 jours de deuil officiel. L’émotion est à son comble. Le décès de Ballesteros est survenu lors du troisième jour de l’Open d’Espagne à Barcelone. Une minute de silence sera observée en l’hommage du grand champion.

Severiano Ballesteros aura des funérailles privées le 11 mai 2011 en l’église paroissiale de San Pedro dans son village natal de Pedreña. Il sera incinéré dans un lieu secret situé dans le village avec ses cendres éparpillées dans sa propriété. Depuis le 16 avril 2015, l’aéroport de Santander porte le nom de Seve Ballesteros.

Au moment de sa mort, la fortune de Ballesteros avait une valeur nette estimée de 4 millions de dollars. La principale source de sa richesse venait de l’industrie du golf et des offres de marques.

Seve, une légende

Severiano Ballesteros est considéré comme l’un des plus grands joueurs de golf de tous les temps et le premier européen à avoir rivalisé avec les Américains. Grâce à son talent, mais aussi grâce à un charisme communicatif, Ballesteros était capable d’enthousiasmer les foules par sa seule présence. Cette notoriété qui traversera les frontières lui vaudra un film, Seve, tourné en 2014 par l’Anglais John-Paul Davidson. Il s’agit d’un biopic, retraçant l’enfance et la carrière de Ballesteros avec un mélange d’images personnelles, de vidéos de golf et de fiction.

Ballesteros construira 38 terrains de golfs dont un seul est situé en France. Il s’agit du Golf International Pont Royal*****. Situé à Mallemort, sur un haut plateau entre Avignon et Aix, le 18 trous classé 5 étoiles GolfStars est un Par 72 de 6327 mètres offrant un vrai challenge pour les golfeurs de tous niveaux. L’héritage du grand champion espagnol est probant sur de nombreuses plaques commémoratives ainsi que sur le trou 9 où un bunker en forme de S a été placé sur le côté droit.

Une particularité que l’on retrouve à Buenavista aux Canaries, un parcours dessiné par Ballesteros en 2003, en l’occurrence sur le trou 10 avec un bunker de la même forme. La signature de Seve…

Classé numéro 1 mondial pendant plus de 60 semaines, Severiano Ballesteros est resté dans les 10 premiers classements mondiaux officiels de 1977 à 1991. Il a été le précurseur des grands champions européens par son jeu magique et sa ténacité. Jamais personne encore n’a égalé sur le sol européen un tel génie. Et s’il faut chercher outre-Atlantique en la personne de Tiger Woods le même talent, il est fort probable que de nombreux golfeurs en Europe continueront à s’inspirer des exploits du fougueux hildago. Afin qu’à jamais perdure sa mémoire.

Photo Patrick Bedier

Patrick Bedier

Grand amateur de golf, je suis passionné par ce sport qui nous fait sans cesse découvrir nos ressources mentales et physiques au coeur de la nature. Lauréat pour divers prix littéraires, je suis aussi auteur de nouvelles, poèmes et quatre romans dont Les Plumes de l’Albatros : ce polar a été écrit afin de faire découvrir le golf au plus grand nombre.